Peut-on soulager la ménopause uniquement grâce à la naturopathie?

Mis à jour : nov. 17


Je répondais récemment à cette question adressée par une journaliste mais puisque j’ai souvent eu à y répondre en tant que naturopathe aussi formée en hormonothérapie bio-identique, j’ai pensé vous faire part de mes observations cliniques des vingt dernières années.


N.B. : Prenons pour acquis pour l’exercice que nous avons affaire ici à une femme moyenne ne souffrant d’aucune maladie particulière et ne consommant pas de médicaments sur une base régulière. Elle n’aurait pas non plus de contre-indications à son dossier médical.

Peut-on réellement soulager la ménopause seulement grâce à la naturopathie?

Tout d’abord, on doit comprendre que la naturopathie est une approche centrée sur le patient et non sur sa condition médicale. Les maladies telles qu’elles sont comprises et diagnostiquées en médecine conventionnelle s’inscrivent dans une logique ou paradigme médical qui lui est propre. Bien que le naturopathe en tienne compte dans son évaluation, nous adhérons à un paradigme qui est plutôt axé sur la santé de l’individu.

La naturopathie est aussi une approche vitaliste, c'est-à-dire qu’elle vise dans un premier temps à identifier les causes qui entravent la libre circulation de l’énergie vitale qui engendrent un déséquilibre - pouvant éventuellement se manifester par un ou des symptômes - et à les corriger.

De plus, la naturopathie est une approche dite holistique, ce qui signifie qu’un symptôme - bouffée de chaleur ou autre - ne peut pas être dissocié du processus en cours dont il ne représente qu’une manifestation. Le naturopathe tient compte des différents facteurs ayant un impact sur la santé de l’individu : son alimentation, son mode de vie, son niveau d’activité physique et de stress, son exposition à différentes substances toxiques, ses carences vitaminiques, etc. On comprend donc que chaque cas est unique et doit faire l’objet d’une consultation. Nous n’avons pas de ‘recette magique’ pour GUÉRIR quoi que ce soit! La médecine conventionnelle non plus d’ailleurs, puisque la guérison survient spontanément lorsque les causes de déséquilibres sont écartées et que l’organisme dispose de ce dont il a besoin pour s’autoréparer. Tout le reste que nous faisons – autant de manière naturelle que pharmacologique - ne sert qu’à supporter ce mécanisme inné d’autoguérison propre à chaque être vivant.

Avant l’avènement des hormones, comment nos ancêtres géraient-elles les symptômes associés à la ménopause? Avaient-elles recours à des trucs issus de la nature?

Précisons que la ménopause ne constitue pas une maladie mais plutôt une période normale d’arrêt des menstruations survenant autour de la cinquantaine. La nature avait prévu cela et lorsque la production hormonale ovarienne diminue, nos glandes surrénales prennent habituellement le relai. L’ennui c’est que nos glandes surrénales fabriquent aussi nos hormones de stress incluant le fameux cortisol et que la progestérone sert de matière première pour le fabriquer. Donc plus nous vivons de stress chronique, moins notre capacité à gérer cette transition hormonale est efficace, d’où l’apparition de symptômes de déséquilibres hormonaux incommodants.

Ma mère a traversé la ménopause sans prendre d’hormones mais on dirait que de nos jours, la plupart des femmes n’arrivent plus à tolérer les symptômes. Comment expliquer cette apparente intensification des inconforts?

Le mode de vie traditionnel était moins stressant et plus en harmonie avec les cycles naturels. Il nous exposait moins à différentes sources de toxicité telles que les pesticides et autres substances chimiques agissant comme perturbateurs endocriniens dans notre organisme. L’alimentation contenait également plus de fibres – permettant d’éliminer les résidus hormonaux et autres via l’intestin – et de différentes vitamines et minéraux impliqués dans la biotransformation de nos hormones, comme les vitamines B et le magnésium par exemple. L’appauvrissement des sols, l’utilisation d’engrais chimiques, les méthodes de cuisson et d’entreposage des aliments, la consommation de voleurs de vitamines comme le café, l’alcool, les médicaments, etc. sont autant de facteurs susceptibles d’occasionner des carences nutritives en dépit du taux de calories ingérées quotidiennement.

L’alimentation traditionnelle comporte également des aliments tels que le soya, l’igname et le curcuma qui fournissent des phytoestrogènes pouvant se fixer aux récepteurs estrogéniques dans notre corps et en moduler l’activité, réduisant les bouffées de chaleur et autres symptômes désagréables.

Bien-sûr, les plantes médicinales alliées des femmes depuis des millénaires telles que l’actée à grappes noire, l’achillée mille-feuille, le chardon-Marie et bien d’autres peuvent également nous fournir différents phytoestrogènes et nous procurer leurs nombreux autres bienfaits via des propriétés détoxifiantes, cholagogues, cholérétiques, laxatives douces, drainantes, etc. qui permettront à l’équilibre hormonal naturel de se rétablir et d’être maintenu.

Règle générale, y a-t-il des symptômes que la naturopathie traite plus efficacement? Quelle recommandation ou supplément naturel a fait le plus ses preuves auprès de votre clientèle au cours de vos années de pratique?

Encore une fois, nous ne traitons pas un symptôme ni une condition médicale mais bien une personne possédant une individualité biochimique qui lui est propre et qui évolue dans un environnement spécifique. Il n’y a pas de ‘meilleure recette’ et il faut vraiment sortir une bonne fois pour toutes de cette mentalité de : ‘Quel supplément pour tel bobo?’ dont nous avons hérité de la médecine conventionnelle. En naturopathie, nous avons affaire à une forme de médecine vraiment personnalisée – donc du cas par cas - et tout dépend aussi de ce que fera la personne de nos recommandations.

Il faut voir la naturopathie comme un processus d’optimisation de la santé et non comme une ‘pilule magique’ qui permet de faire disparaître un symptôme. Pour nous, le symptôme ne constitue pas un ennemi à éliminer à tout prix mais bien un allié qui nous informe comme un clignotant sur le tableau de bord d’une voiture qui nous indique qu’il y a une perturbation sous-jacente dont nous devons nous préoccuper. Il ne nous vient pas à l’idée de débrancher le clignotant et d’ignorer le problème, alors pourquoi veut-on supprimer le symptôme sans s’occuper de la cause du déséquilibre? En ce faisant, on risque que le processus de déséquilibre poursuive son évolution jusqu’à ce qu’un nouveau symptôme, souvent plus grave et plus intense que le précédent, fasse son apparition.

En comparaison, lorsqu’on consulte un acupuncteur, on ne lui demande pas quel point d’acupuncture est le plus efficace pour tel problème et on ne demande pas non plus au psychologue quelle est la phrase-clé à dire pour soulager quelqu’un qui vit une crise donnée. On comprend que le clinicien doit procéder à sa propre analyse de la situation selon les connaissances acquises par rapport à l’approche ou au paradigme médical qu’il pratique en s’entretenant avec le patient, puis qu’il aura recours aux techniques éprouvées appartenant à son approche et que finalement, le processus suivra progressivement son cours avec la participation de la personne concernée et des rencontres de suivi. Il en va de même avec la naturopathie. Nous avons soumis notre corps à des mauvais traitements ou un mode de vie et une alimentation mal adaptée durant des décennies, on doit comprendre que le processus de retour à la santé optimale ne se fera pas en une consultation grâce à une quelconque pilule magique. On doit s’investir dans le processus et donner le temps à notre organisme de retrouver son homéostasie.

Est-ce utopique de croire qu’on peut retrouver un équilibre hormonal passé l’âge de 50 ans?

Non, pas du tout! Ce qui est utopique c’est de croire que toutes les femmes sont disposées à adhérer aux changements nécessaires et à l’adoption de bonnes habitudes indispensables à la restauration et au maintien de cet équilibre dynamique. Pour beaucoup, il est plus simple, du moins à court terme, de chercher une approche pharmacologique qui diminuera l’intensité du symptôme sans devoir changer quoi que ce soit à leur mode de vie.

Cela étant dit, selon mon expérience clinique il y a environ 1 femme sur 10 pour lesquelles l’approche naturopathique ne sera pas suffisante afin de soulager efficacement les symptômes et qui finira par avoir besoin d’un coup de pouce additionnel. Dans ces cas rébarbatifs, l’hormonothérapie bio-identique peut être considérée. La naturopathie devrait néanmoins être incorporée en complémentarité à ce traitement ou d’un traitement hormonal substitutif afin de diminuer les effets secondaires potentiels associés à ces traitements et d’en potentialiser l’efficacité.

Pour un gynécologue, l’option la plus naturelle est de prescrire des hormones. Pour les naturopathes, quelle est l’option la plus naturelle?

La voie de la nature et du respect de la biochimie de la femme est toujours la voie la plus naturelle. Il faut d’ailleurs faire une distinction entre ce qui est ‘naturel’ et ce qui est ‘habituel’. Par exemple, pour un fumeur il est habituel de fumer un nombre x de cigarettes par jour mais est-ce que cela veut dire que c’est naturel pour autant?

On semble entendre deux discours au sujet de la naturopathie : certaines avancent que la naturopathie les a ‘sauvé’ alors que pour d’autres, ça ne fonctionne pas. Comment expliquez-vous cela?

La réponse la plus simple c’est que ni le naturopathe ni la naturopathie n’ont le contrôle sur ce que font les personnes de nos recommandations. Si par exemple vous souffrez d’une entorse à la cheville et que le médecin vous prescrit 1 comprimé de Tylénol aux 6 heures, des applications de glace et de soulever votre cheville mais qu’au lieu de cela vous achetez un produit générique dont vous ne prenez qu’un comprimé par jour et de façon sporadique sans appliquer de glace ni immobiliser votre cheville, allez-vous blâmer la médecine et le médecin pour votre manque de résultat? On doit aussi comprendre l’importance de l’implication de l’individu dans son processus et le fait que ce processus ne s’effectue pas toujours en ligne droite. Lorsque par exemple vous consultez en psychothérapie et qu’un échange vous replonge au cœur d’une émotion douloureuse qui vous perturbe parfois durant quelques jours, allez-vous rejeter le psychologue et blâmer la psychothérapie? Ou allez-vous comprendre que l’inconfort fait partie du processus de retour à votre état optimal?

L’autre point qu’il est important de mentionner c’est que puisque la profession de naturopathe n’est pas encadrée par un ordre professionnel au Québec, n’importe qui peut se prétendre naturopathe. La personne qui vous a proposé un supplément en magasin après trois minutes de discussion entourant votre symptôme n’est pas forcément naturopathe et elle n’a pas procédé à une consultation naturopathique. Les naturopathes ayant complété une formation sérieuse de 1400 heures et réussi l’examen d’admission sont membres de l’Association des Naturopathes Agréés du Québec (ANAQ) et s’identifient avec les initiales ND.A. (naturoapthe agréé). Nous procédons à un bilan naturopathique complet avant d’effectuer de quelconques recommandations en lien avec votre situation spécifique.

À combien de temps dois-je m’attendre avant d’avoir des résultats?

Cela dépend vraiment de plusieurs facteurs dont votre état général de santé, la compétence de votre naturopathe, votre implication dans le processus et la rapidité avec laquelle vous mettrez les changements proposés en application, votre niveau de stress, votre disposition à prendre des suppléments, etc. Disons que de façon générale, on peut s’attendre à ressentir une différence lors du premier mois et à obtenir le maximum de bénéfices après trois à six mois de suivi.

Pourquoi la naturopathie représente pour vous la meilleure option, pour une femme en santé, en pleine ménopause?

Parce qu’elle est respectueuse de notre biochimie et donc sans effets secondaires nocifs et potentiellement dangereux comme ceux associés à l’hormonothérapie, parce que la naturopathie considère la personne entière dans son environnement particulier et parce que les facteurs sur lesquels nous allons travailler de concert avec la femme vont lui permettre d’optimiser sa santé sur tous les plans et non seulement de supprimer le symptôme désagréable. Notre approche est réellement personnalisée et elle agît de façon préventive puisque nous savons désormais grâce à cette nouvelle science appelée épigénétique que la plupart des maladies de civilisation sont grandement attribuables à notre alimentation, à notre mode de vie et à notre environnement qui agissent directement sur nos gènes afin d’en modifier le fonctionnement. En adressant ces facteurs sous l’angle de la ménopause et en les rectifiant en fonction des besoins spécifiques à chaque femme, l’énergie vitale s’en trouve potentialisée et elle permettra au corps de retrouver son équilibre dynamique ou homéostasie, ce qui se traduira par un niveau de santé optimale à tous les niveaux.

Chantal Ann Dumas ND.A. pratique la naturopathie depuis 1998 et assume la vice-présidence de l’Association des Naturopathes Agréés du Québec (ANAQ) depuis 2017. Également diplômée en homéopathie et Intelligence psychocorporelle, elle complète actuellement son baccalauréat en anthropologie médicale à l’université McGill. Communicatrice aguerrie, elle enseigne la naturopathie depuis 2001, offre de nombreuses formations en santé intégrative et on la retrouve régulièrement sur les ondes du 102,3 FM Radio Centre-Ville où elle produit et anime l’émission O Féminin. info@naturopathe.ca

  • Facebook
  • YouTube
  • Vimeo
  • Instagram

Abonnez-vous à notre infolettre

Heures d'ouverture

 

Lundi - Vendredi 10h00-22h00

Samedi - Dimanche 10h00 - 17h00